AAH : conditions, montant et démarches
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L'allocation aux adultes handicapés (AAH) est un revenu d'existence versé par la CAF, mais c'est la MDPH qui ouvre le droit. Voici les conditions réelles, le montant, l'ordre des démarches et ce qui bloque le plus souvent.
Ce qu'est l'AAH (et ce qu'elle n'est pas)
L'AAH est une aide financière destinée aux personnes dont le handicap limite durablement l'accès à un revenu d'activité suffisant. Ce n'est ni une pension d'invalidité (qui relève de la Sécurité sociale et d'un parcours de salarié), ni la prestation de compensation du handicap (PCH), qui finance des aides humaines ou techniques précises.
Deux acteurs interviennent, et c'est souvent là que naît la confusion : la CDAPH, au sein de la MDPH, décide de l'ouverture du droit et de sa durée ; la CAF (ou la MSA pour le régime agricole) calcule le montant en fonction des ressources et verse chaque mois.
L'AAH peut se cumuler avec la RQTH, la carte mobilité inclusion (CMI) ou la PCH : une seule demande MDPH peut couvrir plusieurs droits à la fois.
Pour un enfant de moins de 20 ans, ce n'est pas l'AAH qui s'applique mais l'AEEH : voir notre guide de l'AEEH.
Les conditions à remplir
Âge : 20 ans au moins, ou 16 ans si la personne n'est plus considérée à charge au titre des prestations familiales. Résidence : résider en France de façon stable et régulière.
Taux d'incapacité : au moins 80 %, ou entre 50 et 79 % avec une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi (RSDAE). Ce taux est déterminé par l'équipe pluridisciplinaire de la MDPH à partir du guide-barème national : il ne se déduit pas d'un diagnostic. Un TND (TSA, TDAH, troubles dys, TDI) n'ouvre pas mécaniquement un taux — c'est le retentissement au quotidien qui est évalué.
Ressources : elles doivent rester sous un plafond. Depuis le 1er octobre 2023, l'AAH est déconjugalisée : les revenus du conjoint, concubin ou partenaire de PACS ne sont plus pris en compte.
Montant et durée d'attribution
L'AAH à taux plein correspond à un montant maximal revalorisé chaque année (au 1er avril). Ce montant est un plafond : ce qui est versé dépend des ressources déclarées. Les revenus d'activité font l'objet d'un abattement, ce qui permet de travailler sans perdre brutalement l'allocation.
Deux compléments peuvent s'ajouter selon la situation : la majoration pour la vie autonome (MVA) et, pour les droits ouverts avant 2019, le complément de ressources. Ils ne se cumulent pas entre eux.
La durée d'attribution va généralement de 1 à 10 ans, et peut être accordée à durée indéterminée quand le taux est d'au moins 80 % sans perspective d'amélioration. Vérifiez toujours la date d'échéance sur la notification : c'est elle qui déclenche le calendrier de renouvellement.
Les démarches, dans l'ordre
1. Prenez d'abord le rendez-vous médical : le certificat médical (Cerfa n°15695*01) doit avoir moins d'un an au dépôt, et c'est la pièce qui retarde le plus de dossiers.
2. Remplissez le formulaire de demande (Cerfa n°15692*01) en cochant explicitement « allocation aux adultes handicapés ». Une demande non cochée n'est pas instruite.
3. Décrivez le quotidien tel qu'il est les mauvais jours, en éléments concrets et chiffrés (temps nécessaire, relances, renoncements, arrêts de travail, aides déjà en place).
4. Joignez un projet de vie : c'est la seule pièce écrite avec vos mots, et elle pèse dans l'évaluation de la RSDAE. Nous en donnons une trame dans l'article dédié au projet de vie.
5. Déposez le dossier à la MDPH (en ligne quand le département le permet), conservez une copie complète et la date d'envoi. Le détail pièce par pièce est dans le guide du dossier MDPH.
AAH et travail : le cumul est possible
Travailler ne fait pas perdre l'AAH. En milieu ordinaire comme en ESAT, les revenus d'activité sont partiellement pris en compte, avec un abattement : l'allocation diminue progressivement au lieu de s'arrêter.
La déclaration trimestrielle de ressources auprès de la CAF est le point de vigilance : c'est elle qui ajuste le montant. Un oubli entraîne une suspension, puis un rappel de trop-perçu difficile à démêler.
La RQTH, souvent demandée en même temps, ouvre par ailleurs l'accès aux aménagements de poste, à l'appui de Cap emploi et aux dispositifs d'insertion.
Refus, désaccord, renouvellement
En cas de refus ou de taux inférieur à celui attendu, le recours administratif préalable obligatoire (RAPO) se dépose auprès de la MDPH dans les deux mois suivant la notification. C'est une étape obligatoire avant le pôle social du tribunal judiciaire, saisi lui aussi sous deux mois.
Ce qui fait la différence dans un recours n'est pas le ton du courrier mais les éléments nouveaux : un bilan récent, un écrit d'un employeur ou d'un service d'accompagnement, une description précise des tâches devenues impossibles.
Le renouvellement se prépare environ six mois avant l'échéance pour éviter une rupture de droits : le calendrier est détaillé dans l'article sur le renouvellement MDPH.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
Décrire les bons jours plutôt que les mauvais, laisser le certificat médical au dernier moment, ne pas cocher l'AAH dans le formulaire, oublier la déclaration trimestrielle à la CAF, et laisser passer les deux mois de recours : ce sont les cinq motifs de perte de droits les plus fréquents.
Si les sigles vous perdent (CDAPH, RSDAE, MVA, PCH), le glossaire des sigles les traduit un par un. Pour être accompagné·e dans la constitution du dossier, notre annuaire national recense CCAS, associations et services sociaux par département.
Questions fréquentes
- Qui a droit à l'AAH ?
- L'AAH s'adresse aux personnes de 20 ans ou plus (16 ans si elles ne sont plus à charge au sens des prestations familiales) résidant en France de façon stable, dont le taux d'incapacité est au moins de 80 %, ou compris entre 50 et 79 % avec une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi (RSDAE) reconnue par la CDAPH. Les ressources doivent rester sous un plafond.
- Quel est le taux d'incapacité nécessaire pour l'AAH ?
- Deux portes d'entrée : un taux d'incapacité d'au moins 80 %, ou un taux entre 50 et 79 % assorti d'une restriction substantielle et durable pour l'accès à l'emploi. Le taux est fixé par l'équipe pluridisciplinaire de la MDPH à partir du guide-barème, jamais par le médecin traitant seul.
- Comment demander l'AAH ?
- La demande passe par la MDPH de votre département, avec le formulaire Cerfa n°15692*01 et le certificat médical Cerfa n°15695*01 de moins d'un an. La CDAPH décide, puis la CAF (ou la MSA) calcule et verse l'allocation. Le délai réglementaire d'instruction est de quatre mois.
- L'AAH est-elle compatible avec un travail ?
- Oui. L'AAH peut être cumulée avec des revenus d'activité, y compris en milieu ordinaire ou en ESAT, avec un abattement sur les revenus professionnels. Le montant versé est alors réduit progressivement plutôt que supprimé.
- L'AAH est-elle prise en compte dans les revenus du conjoint ?
- Depuis la déconjugalisation entrée en vigueur le 1er octobre 2023, les revenus du conjoint, concubin ou partenaire de PACS ne sont plus pris en compte dans le calcul de l'AAH.
- Que faire en cas de refus de l'AAH ?
- Vous avez deux mois après la notification pour déposer un recours administratif préalable obligatoire (RAPO) auprès de la MDPH. Si le refus est confirmé, le recours se poursuit devant le pôle social du tribunal judiciaire, également sous deux mois.
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